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avignon2018

 

La Fabuleuse expédition du professeur Ferguson (coup de cœur)

Par Nelly Bouriche


Conçu par le professeur Ferguson, le Victoria s’enfonce dans les profondeurs du Pacifique. Le scientifique est à la recherche d’une méduse phosphorescente, l’Aequorea Victoria, qui peut lui permettre de détecter certaines maladies sur l’A.D.N. humain.

Solitaire, passionné par ses recherches et brisé par la mort de sa femme, Ferguson ne s’attend pas à découvrir dans l’une de ses malles une petite orpheline, Jenny, bien décidée à ne pas rejoindre une grand-tante acariâtre qui doit l’élever. Les deux personnages vont s’apprivoiser, apprendre l’un de l’autre et s’entraider lors de cette périlleuse expédition. Cette création, écrite et mise en scène par Christel Claude et librement inspirée des œuvres de Jules Verne, est une réussite sur tous les points.

Elle allie exigence scientifique et littéraire, une scénographie ingénieuse et ludique, un jeu d’acteurs très convaincant et une réflexion sur le deuil et le besoin que nous avons tous d’être aimés et épaulés. Justine Boulard interprète le rôle de Jenny tout en finesse.

Malicieuse, grave parfois, son jeu est subtil. Julien Assemat endosse le rôle du scientifique “Jules Verne” avec talent. Concentré, un peu bourru au début de la pièce, le personnage se laisse progressivement attendrir par sa passagère clandestine.

Émouvant, intelligent et drôle, “La Fabuleuse expédition du professeur Ferguson” est un très beau spectacle à partager en famille.

La Fabuleuse expédition du professeur Ferguson à 11h et 15h au collège de la Salle. Tarifs: 10/ 7/ 6 euros. Infos et réservations: 04. 90. 83. 28. 17.

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 La Petite Revue

Chroniques d’Avignon : « La fabuleuse expédition du professeur Ferguson » au Collège de la Salle

Juillet 2018

Le professeur Ferguson entreprend une expédition dans l’océan Pacifique, à la recherche d’une méduse phosphorescente dont il souhaite séquencer l’ADN. Lors d’une plongée, il découvre cachés dans son bathyscaphe Jenny, une jeune orpheline, et sa peluche Monsieur Crockston. Impossible de remonter à la surface : l’enfant et le savant devront cohabiter et s’apprivoiser.

Quel plaisir de découvrir un divertissement tout public inventif et intelligent ! Librement inspirée de l’œuvre de Jules Verne, la pièce de Christel Claude est une ode à la lecture et à la science. Elle donne également vie, sans pathos et avec un humour délicat, à deux personnalités attachantes. Le décor, ingénieux et travaillé dans ses moindres détails, est un personnage à part entière du spectacle. Julien Assemat (Ferguson) et Justine Boulard (Jenny), très complices, font de ce voyage initiatique une charmante heure de théâtre.

Y. A.

« La fabuleuse expédition du professeur Ferguson », festival off d’Avignon, Collège de la Salle, 11h et 15h.

Spectacle jeune public : l’univers aventurier de Jules Verne à portée d’enfants

Spectacle jeune public : l’univers aventurier de Jules Verne à portée d’enfants

La Compagnie Noir Titane, originaire de Montpellier, vient de créer son premier spectacle jeune public, librement inspiré des œuvres de Jules Verne : La fabuleuse expédition du professeur Ferguson. C’est tout l’univers du romancier français, tant scientifique que visuel, qui se retrouve, pendant 50mn, à portée d’enfants. À découvrir à Avignon, jusqu’au 29 juillet, au Collège de la Salle.

La fabuleuse expédition du professeur Ferguson, MES Christel Claude, avec Justine Boulard et Julien AssematRenforcée par les rideaux noirs qui recouvrent intégralement la salle, la belle scénographie résonne d’emblée comme une promesse. Nous y sentons l’amour du travail artisanal, manuel, le goût des petites trouvailles qui transforment les spectacles en émerveillements contés. C’est l’œuvre de Christel Claude, qui signe également l’adaptation textuelle et la mise en scène.

Nous voici dans la cabine d’un sous-marin, ou plutôt d’un « bathyscaphe », terme que le professeur Ferguson tente d’inculquer à sa jeune et espiègle passagère clandestine. On oubliera que ce terme, inventé au XXe siècle, est un brin anachronique pour Monsieur Verne, puisque l’adaptation libre implique nécessairement un croisement des temps et des lieux.

Au commencement était une quête : le professeur Ferguson part à la recherche d’une méduse phosphorescente, l’Aequorea Victoria, qui permettrait de guérir d’une sinistre maladie, celle qui a emporté la femme du scientifique plusieurs années auparavant. Solitaire et recroquevillé sur ses travaux incompréhensibles, il dirige son submersible vers les profondeurs du Pacifique. Le voyage se déroulerait sereinement si une enfant – la malicieuse Jenny – ne s’était glissée dans une malle, à la place des précieuses denrées nécessaires au périple. L’aventure peut commencer, entre repas d’endives ou de radis noir, monstre marin et capture de la méduse tant désirée…

Une quête artistique et pédagogique

La pièce joue sur un ressort connu, celui de l’opposition entre deux personnages aux antipodes : le sérieux professeur, au jargon scientifique incompréhensible, et la curieuse petite Jenny, bavarde impénitente et impossible touche-à-tout. Dans ce décor uchronique propre au XIXe siècle, prédominé par les machines à vapeur (pensons aux dessins animés Nadia le secret de l’eau bleue ou, plus proche de nous, Avril et le monde truqué), un dialogue pédagogique s’instaure, afin de faire comprendre à Jenny – et par conséquent aux jeunes spectateurs – les mystères de la science et des techniques.

Qu’est-ce que l’ADN ? Comment fonctionne un aimant ou un ballon aérien ? Il y a certes le discours, toujours un peu nébuleux en dépit des explications didactiques ; il y a encore les objets dont se sert chacun des personnages pour symboliser la théorie, afin d’imager la notion évoquée. Une belle tentative qui ravira les enfants avides de tout savoir, de tout comprendre… Certaines notions plus existentielles sont rapidement balayées, telle la mort de la femme du scientifique, mais de manière trop rapide pour que cela ait un impact réel sur le public.

Julien Assemat et Justine Boulard (ainsi que sa peluche, Monsieur Crockston, évidemment !) tirent largement leur épingle de ces contrastes multipliés, formant un duo équilibré et intéressant. La création lumière de Lucas Baccini et celle musicale de Skeleton Band ajoutent d’intéressantes variations, permettant à l’ensemble de garder un rythme que la scénographie, en raison de sa richesse et de sa complexité, tend parfois à ralentir, les comédiens se voyant contraints à des manipulations difficiles – un défaut qui ne manquera pas d’être corrigé au fil des représentations.

À tous parents qui souhaitent faire goûter l’univers de Jules Verne à leur progéniture, à tous les enfants qui ont le goût de la manipulation et des questionnements interminables, voici une proposition artistique qui ne manquera pas de vous enchanter, le temps d’une traversée en eaux profondes.

Pierre MONASTIER

 

Spectacle de la Cie Noir Titane (34), vu le 17 Déc. 2017, 15h, au théâtre Télémac, Nîmes (30).

Création de Christel Claude, librement inspirée d’œuvres de Jules Verne (1828-1905).
Mise en scène : Christel Claude
Avec : Justine Boulard et Julien Assemat
Création lumière : Lucas Baccini
Création musicale : Skeleton Band

Public : Tous dès 6 ans
Durée : 50 min.
Jauge variable (spectacle autonome et tout terrain)
Sortie de création

Le Professeur Ferguson, scientifique passionné, part en expédition à la recherche d’une méduse phosphorescente. A bord de son sous-marin, il descend au fond de l’océan, poursuivant sa quête obsédante. Catastrophe ! Une passagère clandestine s’est glissée à bord : Jenny, jeune orpheline poussée par le goût de l’aventure. L’insatiable curiosité et les fantaisies de l’enfant agacent Ferguson. On ne plaisante pas avec la science et le pilotage du sous-marin est périlleux. On frôle la catastrophe. Dans ce huis-clos étonnant ces deux personnages contrastés provoquent des situations cocasses. Progressivement le très sérieux professeur perçoit qu’une même solitude et une même curiosité les animent tous deux. Son hostilité première laisse la place à une affection pudique, à de l’entraide et à un émerveillement commun à la découverte de la méduse. La curiosité scientifique et le style de J.Verne sont ici mis au goût du jour avec drôlerie et émotion. Mystères et rebondissements sont au rendez-vous de cet excellent spectacle accompagné par une musique syncopée : à ne pas rater !

Inspirée librement par “20 000 lieues sous les mers”, “Cinq semaines en ballon” et “Les Forceurs de blocus”, Christel Claude mêle des notions biologiques actuelles aux propos gentiment pontifiants de Ferguson. J’ai apprécié cette adaptation pleine d’humour qui provoque immédiatement l’intérêt. L’extravagance du héros dans sa quête obsessionnelle, la présence de techniques scientifiques, l’inventivité des accessoires, un certain suspense et quelques péripéties bien amenées nous plongent dans l’ambiance de J.Verne. C’est l’aventure, avec panne de moteur, pieuvre géante, peur et solutions rapides à tous les problèmes ! Excellente idée que de “glisser un caillou dans la chaussure du professeur” avec le personnage de Jenny ! Elle apporte du “terre-à-terre”, de la fantaisie, bref de l’humanité : elle a faim, elle furète et questionne ! Nous assistons à de savoureux échanges entre ces deux caractères opposés en apparence mais qui se révèlent si proches. Les dialogues et le jeu théâtral font évoluer avec subtilité leur confrontation initiale vers une découverte de l’autre, dans un mélange de drôlerie et de tendresse.

Les deux comédiens sont parfaits dans des rôles assez périlleux. Sérieux et loufoque à la fois, J.Assemat donne progressivement de l’épaisseur à un personnage dont le verbiage (allégé !) et les obsessions scientifiques sont très typées “J.Verne”. Seul en scène au début, il se montre absorbé par des manipulations d’engrenages complexes. Un accompagnement musical cadencé souligne sa gestuelle rythmique, son silence et sa concentration. Dès l’irruption de l’enfant, son irritation puis ses changements d’humeur, entre réticence, attendrissements et fatigue, sont drôles et pleins d’à-propos. J.Boulard joue très juste l’insouciance enfantine mâtinée de gravité, le flirt avec le danger, la curiosité, la peur. C’est nuancé, amusant, souvent attendrissant. Un humour subtil sous-tend le spectacle, sans pour autant distancier le jeu des comédiens. Comment dire ? Ils sont tous deux crédibles !

La scénographie est visuelle, rythmée, avec un important jeu de lumières et un décor bien choisi. Bruitages et musique (excellente) accompagnent parfaitement les péripéties. Par exemple, l’accident du sous-marin est particulièrement bien orchestré : c’est un choc violent ! Et même si quelques problèmes techniques ont émaillé cette sortie de création, j’ai été enchantée.

Noir Titane emmène le public dans une visite modernisée originale et pleine d’humour des œuvres de J.Verne. L’adaptation respecte l’esprit d’aventure et de découverte, la curiosité scientifique, la tension dramatique et une certaine extravagance propres à l’auteur. A tout cela s’ajoute une ouverture à l’autre qui donne une profondeur émotionnelle. Excellent moment de théâtre tant pour les jeunes que pour les moins jeunes. Peut-être même que l’on peut en sortant décider de (re-)lire J.Verne !

La compagnie propose diverses formules selon le terrain et la jauge, un dossier pédagogique et la possibilité d’ateliers..

Programmé au Collège de la Salle, Avignon Off 2018

Catherine Polge